Jacques-Louis David (1748-1825) - Les Sabines (1795 à 1799)

Jean_Louis_DavidThématique Arts, États et pouvoir

Problématique Comment l'art, par sa force expressive, cautionne un mensonge idéologique

contexte politique

Les thèmes gréco-romains étaient chers aux révolutionnaires français. On se référait à la tradition classique pour exalter les systèmes politiques aux antipodes de l’absolutisme. Les auteurs de la Rome républicaine s’étaient opposés à toute forme de pouvoir monarchique. Aux yeux des révolutionnaires, certains épisodes et personnages de l’histoire antique incarnaient leur propre idéal héroïque.

En 1794, le peintre, proche de Robespierre, est en prison. Il commence à dessiner Les Sabines, tableau qui met en évidence son désir de paix et de réconciliation après la Terreur.

contexte artistique

Avant d'être un bon peintre, David est un bon élève en latin et se souvient de ses cours au collège des Quatre-Nations en classe de rhétorique. Il va dans les musées et se tient au courant des fouilles archéologiques entreprises sur les sites d'Herculanum (1738) et de Pompéi (1748).

Des *théoriciens de l'art proclament alors la supériorité des arts grec et romain dont ils font le modèle qu'il faut suivre. (*Johann Joachim & Winkelmann). Cette volonté de revenir à l'Antiquité, ce nouveau culte de la beauté idéale et classique (après celui de la Renaissance) fondent un mouvement appelé  néo-classicisme : l'artiste doit imiter les grecs et les romains qui ont atteint la perfection.
 " J'ai entrepris de faire une chose toute nouvelle. Je veux ramener l'art aux principes que l'on suivait chez les Grecs ".

AnalyseOeuvre.pps
david_l_enlevement_des_sabines.pdf
recit_Tite_Live_Sabines.pdf

lettres.tice.ac-orleans-tours
aparences.net
lankaart.org
artliste.com
etablissements.ac-amiens
shaktili.over-blog
lettres-et-tice

enlevement_des_Sabines

le sujet : épisode évoqué par Tite-Live (Ab Urbe condita, I, 9, 5-10) et surtout Lhomond (pseudo Aurelius Victor), qui se passe trois ans après l'enlèvement des Sabines lorsqu'elles arrêtent le combat entre les Sabins menés par Tatius et les Romains conduits par Romulus.  Une femme (Hersilie, personnage central en blanc), s’interpose entre Romulus (son mari, à droite) , et Tatius (son père, roi des Sabins, à gauche).  D'autres femmes autour d'elle brandissent leurs enfants entre les deux groupes.

C'est une métaphore de la Révolution dans laquelle Jacques-Louis David montre sa volonté de paix et de réconciliation après la Terreur.

Il a d'ailleurs inscrit des symboles de la Révolution : un bonnet phrygien à droite (c'est le jeune homme qui tient le cheval par la bride) et une forteresse en feu à l'arrière-plan (qui ressemble étrangement à la Bastille).  Ces deux éléments s'insèrent dans une composition antique (vêtements, boucliers, chevaux...)

Comment est construite l'oeuvre ?

Au premier plan, l'action principale : blanc et rouge, couleurs claires qui se détachent de l'ensemble et guident l'oeil vers Hersilie, symbole de la paix.

Au deuxième plan, la bataille : confuse, avec des couleurs plus ternes. Le ciel est sombre, orageux. La ligne d'horizon séparant les deux plans est très nette et partage le tableau en deux parties horizontales.

En arrière-plan, sur une large moitié gauche de la toile, la colline du Capitole sur laquelle se détache le Tabularium (là où étaient conservées les archives), l'Arx (la Citadelle). Tout en haut, se dresse le temple de Jupiter Capitolin. En retrait, la Roche Tarpéienne (référence à Tarpéia, romaine qui a trahi son peuple en faisant entrer les Sabins dans la ville).

Anachronismes

- les tours à créneaux (moyen-âge)
- le paludamentum (cape rouge de général - époque de César) et le casque de Titus Tatius (athénien)
- le bouclier de Romulus (avec la Louve)
- les insignes d'armée (sorte de hallebardes que l'on voit à droite) n'existent pas encore

(merci à Madame Legendre - professeur de lettres classiques - qui a relu, corrigé et complété ce message)