Anouilh

thématique Arts, États et pouvoir / Arts, mythes et religion / Arts, ruptures et continuités

problématiques

Comment l'art s'oppose-t-il à la dictature ou

Comment un écrivain réactualise-t-il un mythe antique ou

En quoi cette pièce propose-t-elle une réflexion sur la notion de liberté

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tv5.org (pour voir deux séquences - Prologue et Antigone et Créon)
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Anouilh_Antigone.pdf (doc college Jules Verne)
Antigone_Anouilh_bilan_sequence.pdf (doc Mme Legendre)
Extrait_Anouilh_Antigone.pdf  (pour télécharger le passage analysé)

zones_occupees

 contexte

2° guerre mondiale
- juin 1940 : signature de l'armistice et occupation d'une grande partie de la France qui est divisée en plusieurs zones (occupée, interdite, réservée). Le régime autoritaire et collaborateur de Pétain est installé à Vichy dans la zone non occupée.
- 18 juin 1940 (Londres) : appel du Général de Gaulle à résister
- 1942 : mise en place de la solution finale qui veut exterminer tous les juifs
- 1944 : unification des mouvements de Résistance qui luttent contre les nazis et qui sont traqués par la Gestapo et la Milice.
- Les artistes sont soumis à la censure ; certains collaborent, d'autres ont quitté le pays pour mieux lutter ou se cacher s'ils sont juifs, d'autres encore, résistent.

 

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L’Antigone d’Anouilh est inspirée du mythe antique :
« L'Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain
pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance
de la tragédie que nous étions alors en train de vivre ».

Le personnage d’Antigone est l'allégorie de la Résistance s'opposant aux lois édictées par Créon / Pétain et qu'elle juge iniques.
Elle refuse la facilité et préfère se rebeller, ne voulant pas céder à une prétendue fatalité...

Créon pour sa part, revendique de faire un « sale boulot » parce que c'est son rôle et qu'il faut bien que quelqu'un le fasse . Anouilh s’inspire du geste de Paul Collette, un résistant français qui avait tiré sur Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy le 27 août 1941.

 

 

analyse de l'extrait " Être un homme "

Hémon, qui a appris la condamnation d'Antigone, sa fiancée, accourt aussitôt pour plaider sa cause.

HEMON entre en criant. - Père !
CREON court à lui, l'embrasse. - Oublie-la, Hémon ; oublie-la, mon petit.
HEMON. - Tu es fou, père. Lââche-moi.
CREON le tient plus fort. - J'ai tout essayé pour la sauver, Hémon. J'ai tout essayé, je te le jure. Elle ne t'aime pas. Elle aurait pu vivre. Elle a préféré sa folie et la mort.
HEMON crie, tentant de s'arracher à son étreinte. - Mais, père, tu vois bien qu'ils l'emmènent ! Père, ne laisse pas ces hommes l'emmener !
CREON - Elle a parlé maintenant. Tout Thèbes sait ce qu'elle a fait. Je suis obligé de la faire mourir.
HEMON s'arrache de ses bras. - Lââche-moi ! Un silence. Ils sont l'un en face de l'autre. Ils se regardent.
LE CHOEUR s'approche. - Est-ce qu'on ne peut pas imaginer quelque chose, dire qu'elle est folle, l'enfermer?
CREON - Ils diront que ce n'est pas vrai. Que je la sauve parce qu'elle allait être la femme de mon fils. Je ne peux pas.
LE CHOEUR - Est-ce qu'on ne peut pas gagner du temps, la faire fuir demain ?
CREON - La foule sait déjà, elle hurle autour du palais. Je ne peux pas.
HEMON - Père, la foule n'est rien. Tu es le maître.
CREON - Je suis le maître avant la loi. Plus après.
HEMON - Père, je suis ton fils, tu ne peux pas me la laisser prendre.
CREON - Si, Hémon. Si, mon petit. Du courage. Antigone ne peut plus vivre. Antigone nous a déjà quittés tous.
HEMON - Crois-tu que je pourrai vivre, moi, sans elle? Crois-tu que je l'accepterai, votre vie ? Et tous les jours, depuis le matin jusqu'au soir, sans elle. Et votre agitation, votre bavardage, votre vide, sans elle.
CREON - Il faudra bien que tu acceptes, Hémon. Chacun de nous a un jour plus ou moins triste, plus ou moins lointain, où il doit enfin accepter d'être un homme. Pour toi, c'est aujourd'hui... Et te voilà devant moi avec ces larmes au bord de tes yeux et ton coeur qui te fait mal, mon petit garçon, pour la dernière fois... Quand tu te seras détourné, quand tu auras franchi ce seuil tout à l'heure, ce sera fini.
HEMON recule un peu, et dit doucement. - C'est déjà fini.
CREON - Ne me juge pas, Hémon. Ne me juge pas, toi aussi.
HEMON le regarde, et dit soudain. - Cette grande force et ce courage, ce dieu géant qui m'enlevait dans ses bras et me sauvait des monstres et des ombres, c'était toi ? Cette odeur défendue et ce bon pain du soir sous la lampe, quand tu me montrais des livres dans ton bureau, c'était toi, tu crois ?
CREON humblement. - Oui, Hémon.
HEMON. - Tous ces soins, tout cet orgueil, tous ces livres pleins de héros, c'était donc pour en arriver là ? Etre un homme, comme tu dis, et trop heureux de vivre ?
CREON - Oui, Hémon.
HEMON crie soudain comme un enfant, se jetant dans ses bras. - Père, ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas toi, ce n'est pas aujourd'hui ! Nous ne sommes pas tous les deux au pied de ce mur où il faut seulement dire oui. Tu es encore puissant, toi, comme lorsque j'étais petit. Ah ! Je t'en supplie, père, que je t'admire, que je t'admire encore ! Je suis trop seul et le monde est trop nu si je ne peux plus t'admirer.
CREON le détache de lui. - On est tout seul, Hémoin. Le monde est nu. Et tu m'as admiré trop  longtemps. Regarde-moi, c'est cela devenir un homme, voir le visage de son père en face, un jour.
HEMON le regarde, puis recule en criant. - Antigone ! Antigone ! Au secours !

 Comprendre le sens du texte

- Hémon vient demander à son père de sauver Antigone.
- Le choeur invoque la folie pour justifier l'acte d'Antigone puis la fuite afin qu'elle échappe au châtiment.
- Mais Créon doit faire respecter la loi et montrer qu'elle est la même pour tous. Il essaie d'expliquer à son fils que devenir adulte, c'est faire face à ses responsabilités et accepter deils et frustations.

Père et fils face au drame

- Les nombreuses phrases exclamatives et interrogatives d'Hémon trahissent son désespoir. Son père, qui souffre aussi, emploie lui, un ton calme (phrases déclaratives)et reste maître de lui.

- Anouilh emploie des mots simples dans une prosodie très rythmée : beaucoup de répétitions (" crois-tu ", " sans elle ", c'était toi ? ") mises en valeur par les parallélismes.

- Les didascalies donnent une dimension physique à l'affrontement entre le père et le fils : ils sont face à face et se regardent, chacun attendant quelque chose de l'autre. Hémon se débat lorsque son père veut le consoler, recule puis se jette dans ses bras avant de prendre la fuite.

- Le père a une image héroïque : " force ", " courage ", " dieu géant ", " sauver " mais il apparaît ici, démuni et impuissant.

- Le fils, épris d'absolu, rejette les concessions que doivent faire les adultes. Il a toujours admiré son père mais refuse la vie que celui-ci lui présente. Pour Hémon, la vie sans Antigone, est insupportable et n'a pas de sens. Cette journée marque la fin de son enfance, l'entrée dans l'âge adulte.

- Pour Créon, être adulte, c'est accepter les lois qui nous gouvernent et nous dépassent, se soumettre à la réalité et prendre ses responsabilités. Pour Hémon, c'est impossible et son entrée dans l'âge adulte ne peut se réaliser que dans la mort où il retrouvera Antigone.