Jean FerratThématique : Arts, Etats et pouvoir / l'oeuvre d'art et le pouvoir

Problématique : Comment la chanson témoigne-t-elle des conflits du XX° siècle ?

04_Potemkine.pdf  attention, deux erreurs dans le pdf : il faut comprendre distique et dans le même distique 7 pieds et non 8.

Matuschenko

herodote
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Jean Ferrat, auteur-compositeur-interprète engagé, proche du parti communiste qui l'a protégé, lui, ses frères et sa mère pendant la guerre de 39-45, nous rappelle la mutinerie en 1905 des marins du cuirassé Potemkine. Cette chanson est un hommage à leur courage et leur volonté d'un monde plus juste dans lequel les puissants n'écraseraient plus les petits, les sans-grade. Cette mutinerie et la Révolution de 1905 sont les prémices de celle de 1917.

biographie de Ferrat

contexte historique et artistique

09_Cuirasse_Potemkine- la France est en pleine croissance économique : ces années d'après 39-45 seront appelées les Trente glorieuses (élévation du niveau de vie, essor de la société de consommation)

- en musique, place aux jeunes : ce sont les années yé-yé avec des chansons légères, joyeuses, dynamiques (Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Claude François, le twist et le rock and roll...). Ferrat comme Brassens ou Brel se démarquent et chantent autre chose : des chansons qui parlent de la société, de la politique...)

- en 1965 débute la campagne  pour les élections présidentielles  et cet hommage de Ferrat aux marins déplaît fortement au gouvernement de l'époque qui interdit la diffusion de la chanson à l'ORTF. Pourquoi ? Voir le contexte (ci-dessous quelques extraits de cette page)

Jean ferrat et Georges Coulonges écrivirent à Vladimir d'Ormesson, président du conseil d'administration de l'ORTF : "...Avec la meilleure volonté, nous ne voyons pas, nous ne comprenons pas comment l'exaltation du courage, l'exaltation d'un sentiment noble incitant l'homme à se vouloir non du côté de la force, mais du côté de la justice, pourrait être condamnable.
- Nous sommes désolés, M. Ferrat... Personnellement j'aime beaucoup votre chanson, mais il nous est Impossible de la diffuser actuellement sur les ondes... -
- Pourquoi ?
- Comprenez-nous : nous sommes en période électorale... Après le 5 décembre, si vous voulez... car les paroles...
- Ont-elles quelque chose de répréhensible ? de scandaleux ?
- Je ne dis pas ça... Mais...
- Elle parle d'un fait historique vieux de 60 ans ! Elle n'a rien à voir avec la campagne électorale. 
- Chantez autre chose... »

 

Potemkine_038Voyons de plus près les paroles qui ont provoqué le drame :
« M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
" Qui chante au fond de moi au bruit de l'océan
" M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
" Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents ?
« Ma mémoire chante en sourdine
« Potemkine... »

" M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
" Où l'on punit ainsi qui veut donner la mort
« M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
« Où l'on n'est pas toujours du côté du plus fort
« Ce soir j'aime la marine :
« Potemkine ».

 

 

 Potemkine_027                                                                           

Georges Coulonges, le parolier :
Le jour où on a projeté Le cuirassé Potemkine à la télévision, sur
la deuxième chaîne ! J'ai été bouleversé. J'ai écrit ma chanson. Ainsi, c'est grâce à la télé si j'ai pu voir ce chef-d'oeuvre, et c'est la faute à la télé si la chanson que j'ai écrite sur lui est interdite !

 

                            analyse

généralités

Georges Coulonges, le parolier de la chanson-titre a pourtant pris des gants lorsqu'il écrit « M'en voudrez vous beaucoup… ».
Dans son autobiographie, il indique " Pourquoi demander au public s'il m'en voudrait d'écrire ma chanson ? "

On l'a compris : ce n'était pas à lui que la question était posée.
C'était aux antennes vigilantes de la radio, de la télévision gaullienne. " J'avais des raisons de me méfier d'elles ".
Cet épisode est un évènement symbolique et mémorable car, pour la première fois,  les matelots réagissent selon une logique de classe : "Marin, ne tire pas sur un autre marin".

Potemkine_010

Poème à la structure originale  de 10 couplets qui font alterner 5 quatrains et 5 distiques

caractère : puissant et solennel,majestueux, martial, bien mis en valeur par la voix chaude, grave, lyrique et timbrée de Jean Ferrat

intro - très sèche, dynamique, rythmée, accentuée, puissante avec un côté assez militaire. C'est en fait, juste un rythme d'accpt joué par les cordes, les cuivres et la caisse claire. Ce martèlement plein de tension va être l'unique soutien des quatrains comme une sorte d'ostinato.

les quatrains : en alexandrins avec des rimes croisées (abab). A la fois majestueux et élégant, leur rythme régulier, balancé et souple symbolise le mouvement de la mer. En choisissant un style soutenu, un vocabulaire recherché, le parolier montre sa volonté de rendre toute leur noblesse à ces marins révoltés.

Mélodie souple et balancée (rappel du mvt incessant de la mer) sans aucun contrechant. En se détachant très nettement au dessus de l'accpt, elle met le texte en valeur.

les distiques : irréguliers (7 puis 4 pieds).  Ils se font attendre (quelques mesures sans la voix).
Cela permet de faire ressortir leur caractère différent : cuivres absents, nuance plus douce, rythme moins marqué, petit contrechant aigu des cordes sur le mot Potemkine. Ce changement dans l'accpt correspond au changement au niveau du texte : " Ma mémoire... " " ... je t'imagine " " C'est mon frère... "  "... j'aime la marine ". Ferrat prend parti en indiquant clairement qu'il se place à côté de ces marins maltraités, souvent enrôlés de force et dont personne ne se souciait.