Thématique : Arts, Etats et pouvoir

 

Problématique : Comment la musique contemporaine participe-telle à l'oeuvre de mémoire

thrènes_06 Penderecki_analyse_version_courte.pdf
Penderecki_analyse_version_longue.pdf

Partie 1  

Partie 2

Partie 3

Penderecki : "La grande Apocalypse [Auschwitz], ce grand crime de guerre, est incontestablement dans mon subconscient depuis la guerre où j'assistai enfant à la destruction du ghetto de  ma petite ville natale, Debiça (près de Cracovie). Puisse le thrène exprimer ma ferme conviction que les sacrifices d'Hiroshima ne soient jamais oubliés ni perdus".

sites 

Curiosphère
Hiroshima et Nagasaki

1. Généralités

* Thrène : chant funèbre accompagné de danses, en l’honneur d’un défunt illustre (dictionnaire Robert)
Au départ, cette œuvre s’appelait 8'37  (ce qui représente la durée du bombardement  le 6 août 1945).  Le changement de titre a été fait  par le compositeur et pour  les auditeurs.
* Bien que destiné aux victimes japonaises, Thrènes peut aussi être considéré comme un hommage aux victimes des camps de concentration
* La création en  1967  à Auschwitz a  suscité un énorme intérêt et a rendu  Penderecki célèbre dans le monde entier.

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* Formation :  orchestre à cordes (24 violons, 10 altos, 10 violoncelles, 8 contrebasses)
- Le son est tout, avant même  la structure (= le plan, la construction de l’œuvre en différentes parties)
- En effet, en plus d'être un hommage et parce que Auschwitz et Hiroshima sont  ''inracontables'',Thrène est la première musique dans laquelle on entend les cordes jouer de cette manière-là.
- Cette musique expérimente les sonorités extrêmes des cordes pour  essayer de rendre compte du sentiment de détresse et d’angoisse lié à l’événement auquel elle fait allusion.

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mélodie/accompagnement
* Il n'y a pas de mélodie au sens traditionnel mais des  structures linéaires (= en ligne) : Penderecki se sert indifféremment de toutes les notes qui existent entre do et do.  
* Il n'y a pas  d’accompagnement au sens traditionnel  mais des structures verticales avec les modes de jeu suivants :

- cluster : c'est une grappe de sons continus (=voisins) joués simultanément (= en même temps)
- glissando : le musicien passe d'une note à une autre en  glissant sur la corde
- col legno : le musicien joue en prenant son archet à l'envers pour frapper les cordes
*Il n'y a pas de pulsation perceptible.
* la structure est en fait une succession de séquences sonores dont la durée en indiquée en secondes

2. Analyse

Partie 1
- entrée des groupes de façon décalée, sur la note la plus aiguë possible et ff  (jeu  puissant)
- ces clusters provoquent des dissonances (comme des "fausses notes")
- temps lisse  et pas de thème repérable
- caractère violent, insupportable, agressif, strident, angoissant : on pense aux hurlements  des victimes
- puis les clusters se transforment en oscillations: les hurlements se transforment en plaintes

Partie 2
- sons irréguliers et martelés en pizzicati et col legno dans le médium
- sentiment de désordre et de panique qui suggère une course effrénée, une fuite éperdue des rares survivants

Partie 3
- quelques sons tenus puis  glissandos /   nuance variable :   pp et  crescendo   
- sirènes = danger, peur, angoisse,
- silence, stupeur, incompréhension, pleurs et gémissements.