Lenine_balaie_la_salete_de_la_terreThématique : Arts, Etats et pouvoir/ L'oeuvre d'art et le pouvoir

Problématique : Comment un artiste se met au service de la Révolution russe

Mossolov.pdf
un_peu_histoire_et_analyse_Zavod.pdf
waves_Camille.pdf

oeuvres à associer : peintures d'avant-garde ou typiques du réalisme socialiste

 
 

Octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolcheviks provoque de profonds bouleversements en Russie. Enthousiasmés par les changements qui s'annoncent, beaucoup d'artistes vont illustrer la Révolution par des films, des affiches, des photos, des oeuvres musicales, des sculptures...   l'URSS de Staine excellente page d'un professeur d'Histoire

Voici une vidéo résumant en dix minutes les Révolutions russes (source histoireencours blog de professeur d'histoire-géographie). Vous trouverez d'autres documents sur ce site

Quelques rappels historiques et contexte en 1927

1917 - Révolution d'Octobre
1918-1920 - pays ravagé par la guerre civile
1921- 1922 - famine
1922 - proclamation de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, dirigée par un Parti unique, le parti bolchévique qui exerce un pouvoir sans partage : c'est une dictature
3 avril 1922 : Staline est nommé Secrétaire général du Comité Central
1924 - mort de Lénine - 13° congrès
l'URSS est reconnue par la France, l'Angleterre et l'Italie
1925 - 14eme congrès du Parti
1926 - exclusion (entre autres) de Trotski du Politburo (Staline commence à asseoir son pouvoir absolu en éliminant petit à petit ses amisrévolutionnaires de la première heure)

Conséquences culturelles de la Révolution 

- libéralisation des moeurs et émancipation de la femme
- lutte contre l'analphabétisme et accès des couches populaires à la culture
- encouragements des mouvements d'avant-garde
Ainsi va naître le constructivisme, mouvement artistique officiel de la Révolution russe et dans lequel l'art est au service du peuple.

Citations

- Trotski : " L'art n'est pas un domaine où le Parti est appelé à commander ".

- Jean-Michel Palmier (historien d'art) : " Il est peu de pays qui ont consacré autant d'argent aux Beaux-Arts, au théâtre, à la littérature, à la peinture que l'URSS dans la période la plus difficile qu'elle a connue. Alors que la famine régnait, que la contre-révolution levait la tête sur tous les fronts, la jeune République des Soviets dépensait des sommes énormes pour développer l'art, et  pas seulement comme instrument de propagande ". (source : Wikipedia)

1927 - 15° congrès du Parti

- Maintenant, le but est de développer la grande industrie et combler le retard sur les puissances européennes. Il est devenu indispensable de concentrer toutes les énergies du pays en les intégrant à un vaste plan de développement.
- La priorité est donnée à l'industrie lourde  de qui dépend tout le reste, et qui permet l'indépendance par rapport à l'étranger, considéré à juste titre comme hostile (source : l'URSS de Staline)
- le code pénal définit les ennemis de la révolution 
- on célèbre les 10 ans de la Révolution en mettant en avant l'industrie lourde ce qui explique la commande faite à Mossolov, Zavod ou les fonderies d'acier

1927 à 1953 – réalisme socialiste = le pouvoir décide ce que doit être l'art

- Staline décide que les arts, quels qu'ils soient, doivent être au service du peuple et de la Révolution.  
- Il faut écrire une musique populaire, simple à retenir et qui montre le bonheur socialiste.
- Il faut peindre des paysans radieux, des ouvriers heureux de travailler dans les kolkhoses et les usines : c'est le réalisme socialiste.
- Des organismes officiels [Union des compositeurs,  Union des peintres,  Union des écrivains, Union des cinéastes...] sont créés et prennent totalement en charge les artistes qui se conforment à ce style d'art.
- D'autres, refusant cette dictature, choisissent l'exil.
- Aucune autre forme d'art, aucune critique n'est possible sous peine de différentes sanctions : exclusion de l'Union à laquelle on appartient donc chômage, arrestation, peine de prison ou envoi au goulag.

Mossolov_1927

Mossolov - Un des plus célèbres représentants de l'avant-garde musicale des années 20. Il est un de ceux qui veulent mettre en musique les espoirs de la Révolution  de 1917.

1900     - naît dans une famille qui appartient à la grande bourgeoisie (mère cantatrice)
1917     - travaille dans la nouvelle administration soviétique
            - s'engage dans le premier régiment de cavalerie de l'armée rouge,
            - combat en Ukraine, en Pologne et reçoit l'Ordre du Drapeau Rouge.
1921     - est démobilisé et reprend des études de musique au Conservatoire.
1927     - reçoit un accueil triomphal avec  Les fonderies d'acier
19.. ?    - sa musique  déplaît au pouvoir stalinien qui le fait accuser de *formalisme.      
1936    - est alors exclu de l'Union des compositeurs soviétiques
           - naïveté ? courage ? inconscience ? il s'adresse alors directement à Staline pour demander des explications
1937   -  il récolte une peine de huit ans de goulag et part travailler à la construction du canal Mer Blanche - Mer Baltique.  Indignés, furieux, choqués, ses anciens professeurs au Conservatoire de Moscou, très célèbres et bien vus du régime, prennent sa défense et obtiennent que sa peine soit commuée en cinq ans d'exil lointain.
Mais il en est réduit à adapter des chansons folkloriques et composer des œuvres banales mais sans danger pour lui.  Il ne retrouvera jamais la place qu'il aurait dû occuper : il est un des très nombreux artistes broyés par le régime.

Staline_1942Au Camarade Staline,
Moi, le compositeur A.V. Mosolov, me vois contraint de m’adresser à vous, vous priant d’éclaircir ma situation chez nous, en Union soviétique, de l’évaluer comme il convient, et de m’assister dans mon malheur…
 Au cours des trois dernières années, je n’ai absolument rien publié ; depuis 1928 on a peu à peu cessé de jouer mes œuvres, et en 1930 et 1931, aucune de mes compositions n’a été exécutée, qu’il s’agisse des chants de masse ou des grandes œuvres symphoniques et scéniques.
L’une après l’autre, les autorités musicales de Moscou, effrayées par mon nom « odieux », ont rompu toutes relations avec moi sous le prétexte que je n’avais pas de travaux  ou que ma musique était « délétère »…
Ainsi, privé de mes droits de musicien, je n’ai pas la possibilité de participer à la construction de l’U.R.S.S., je ne sais que faire.
Je ne suis nullement antisoviétique, je voudrais apporter une contribution active à notre vie, je voudrais travailler et composer, mais on ne me donne rien à faire et mon nom est devenu, après avoir été cité maintes fois – et nullement de manière flatteuse - dans la revue Le Musicien Prolétarien, le symbole de l’ennemi de classe antisoviétique…
J’endure ces persécutions depuis 1926. Je ne puis à présent attendre plus longtemps.   
Je dois créer et être joué ! Je dois confronter mes œuvres au jugement des masses, même si cela doit aboutir à un échec, je saurai alors reconnaître le chemin à suivre…
JE VOUS PRIE :
1 - ou bien d’intervenir auprès de la RAPM et des Rapmistes afin qu’ils cessent leurs tracasseries à mon endroit, qui durent depuis un an déjà, et de me donner la possibilité de travailler en U.R.S.S.
2 - ou bien de me permettre de me rendre à l’étranger où, par ma musique, je serai plus utile à l’U.R.S.S. qu’ici, chez nous, où l’on me persécute et l’on ne me donne aucune possibilité de révéler mes talents et de faire mes preuves.

*formalisme : « décadent », « moderniste », « bourgeois », « antipopulaire »
définition de Chostakovitch  : « ajoutez un texte, votre musique a  du contenu, ôtez le texte, elle est formaliste ».
définition de Prokofiev : « est formaliste toute musique que le peuple ne comprend pas à la première audition ».

Analyse

Zavod, musique de machines / Les fonderies d'acier

commande            Théâtre du Bolchoï
création                octobre 1927 pour le 10° anniversaire de la Révolution
extrait                 d'un ballet inachevé L'acier
durée                 3'20
formation             immense orchestre
nuance                fortissimo
caractère             puissant, impitoyable, oppressant, obsédant, grinçant, bruyant...

Cette œuvre est un hymne à la gloire de l'industrialisation soviétique.
Mossolov cherche à reproduire la puissance mécanique des machines et le vacarme d'une usine : pour cela, il procède par superposition, accumulation et répétition :
- en utilisant une feuille de métal qu'il faut  agiter
- en superposant du grave vers l'aigu des formules mélodiques ou rythmiques simples, élémentaires même.
Ces courts motifs que l'on entend successivement, se répétent mécaniquement, chacun représentant  les rouages d'une machine complexe.
Les cordes jouent des motifs stridents, les cuivres et les persussions ont un rôle primordial.

On peut considérer Zavod comme une œuvre de propagande mais aussi comme le témoignage sincère d'un homme qui croyait en l'idéal communiste.

 

Avraamov Symphonie pour sirènes (1922)

Un exemple sans lendemain de " musique prolétaire " interprétée par des sirènes d'usines et de bateaux, des cornes de brumes, des régiments d'artillerie avec leurs canons, des locomotives et des choeurs qui interprètent la Marseillaise et l'Internationale. Cette symphonie a été jouée en plein air à  Bakou pour le 5° anniversaire de la Révolution d'Octobre. Plusieurs chefs d'orchestre dirigeaient en hauteur à l'aide de drapeaux.